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Sélection livre : Les jours brûlants – Laurence Peyrin

Les jours brûlant – Laurence Peyrin

Mise en garde : c’est aux tripes qu’il parle, touchant le plus profond de l’âme.

Citation : « Elle savait la brûlure de l’amour. Elle savait l’absolue sensation de ne faire qu’un, de vouloir l’autre, tout le temps. Elle avait vécu tous ces lieux communs, ces mots galvaudés dont on oubliait qu’ils faisaient pourtant les plus beaux poèmes, les plus beaux films du monde. »

Karine Leresche (Instagram : une_armee_de_resilients)

Infos techniques :
Auteure : Laurence Peyrin
Editeur : Pocket Sortie : avril 2021 en poche

Les jours brûlant – Laurence Peyrin

Une vie parfaite qui s’effondre

Ce roman se déroule dans les années 70, en Californie, alors que Deep Purple, Led Zepplin, David Bowie et tant d’autres marquaient l’histoire de la musique. C’est dans cette ambiance, qu’à Modesto, cette petite ville où a été filmé American Graffiti du célèbre George Lucas, Joanne mène une vie de mère au foyer stable auprès d’un mari médecin et de ses deux enfants.

Tout semble réussir à cette belle famille: une bonne situation, une vie sociale riche et colorée des cocktails dont seule Joanne a le secret, un couple fort et uni comme on en rêverait. Puis arrive ce jour, celui qui paraissait s’ancrer dans la vie sereine de Joanne et qui, pourtant, a tout fait basculer. Joanne est agressée, un inconnu la fait chuter de son vélo puis vole son sac. De prime abord, c’est une histoire « trop banale », un fait divers qui arrive plusieurs fois par jour partout dans le monde. Mais pour Joanne c’est une rencontre avec la violence qu’elle n’avait jamais côtoyée jusqu’ici. Physiquement, ne restera de ce jour que la cicatrice de quelques points de suture. Psychologiquement c’est le choc traumatique, le déni, la descente silencieuse vers une forme de grave dépression. Joanne perd pied, s’enfonce, développe des troubles compulsifs et se transforme en « une autre » qui prend la forme de parfait opposé à la femme qu’elle était.
La mesure n’est pas prise tout de suite par Thomas, son mari si attentionné et aimant. Il remarque ses changements mais les évoque calmement, sans la pousser dans ses retranchements jusqu’au jour où, après avoir bu une demi bouteille de Vodka et perdu le contrôle de son véhicule sans faire de blessés, Thomas récupère sa femme dans un poste de police. Plus possible de la ménager, il lui lance une bombe : il a peur pour elle et ses enfants ont peur d’elle. Déclic brutal pour Joanne: elle doit partir pour les protéger. S’en suit une fuite jusqu’à Vegas où, avec l’aide d’une femme rencontrée dans une station-service, elle fait la rencontre d’Harvey et Thelma. Ce couple possède une boîte de streap-tise qu’ils tiennent à garder
« propre » : pas de nu intégral, pas de prostitution. Les danseuses sont des femmes qui ont été retrouvées à la dérive, sans rien, qu’Harvey et Thelma ont pris sous leurs ailes, leur donnant une chance de remonter à la surface. Joanne y devient barmaid, la reine des cocktails, tentant d’oublier une ancienne vie qui pourtant vient se rappeler à elle régulièrement et sous toutes les formes. Elle crée une parenthèse où rien de son passé n’existe. Elle devient ainsi une de ces nombreuses personnes disparues dont les photos sont affichées dans les postes de police, c’est un suicide social, la seule solution qu’elle trouve dans sa détresse.

La plume de Laurence Peyrin est pointue, mâture, riche d’un vocabulaire dont elle joue jusqu’à parfois emmener ses phrases à la limite d’un monde poétique. Le rythme de ce livre est régulier tout en devenant plus pesant lors des moments critiques, permettant au lecteur de s’imprégner totalement de l’atmosphère de ceux-ci.
Les sujets abordés sont difficiles : le choc traumatique, la violence, la dépression et la perte de tout sens dans cette vie qui devient totalement noire du jour au lendemain. Pourtant cela arrive à bien plus de personnes que nous l’imaginons et l’auteure a su décrire les ressentis de sa protagoniste de manière intelligible, écartant toute équivoque et avec une extrême finesse. Elle a su mettre en avant la sensibilité de cette femme qui se perd, exposer les faits de sa déchéance sans perturber le lecteur avec des éléments techniques de la psychologie.
Laurence Peyrin met des mots forts lorsqu’elle dépeint l’amour, le combat, la douleur. Elle dessine la résilience, la colore intensément et touche son lecteur puissamment, là, dans ses entrailles.
Sa griffe est addictive, elle vous embarque dès les premières lignes dans un tourbillon ; parfois en vous enveloppant, parfois en vous confrontant à la vérité et l’authenticité de ses personnages.
Finalement, chaque chapitre est entamé par une recette de cocktail au goût de son contenu, ce qui donne à ce roman son originalité : en plus des mots, du rythme et du style, l’auteure donne la possibilité au lecteur de s’ouvrir à un moment hors du temps mettant à contribution ses propres sens !

Karine Leresche
Instagram : @une_armee_de_resilients

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